Je suis un marathonien

A enfin, j’écris cet article.

Certaines choses prennent du temps. Un objectif, un entraînement, des séances, des douleurs, des doutes, des phases d’euphories, de gros doutes, de l’engagement, des réflexions, des recherches, un chemin.

  1. A quelques jours de la course je ne cours plus. Mes deux dernières semaines avant la course j’ai une douleur dans le pied gauche, oui la juste sur l’extérieur du pied, c’est pas insupportable mais faire un marathon dans ces conditions avec un objectif de moins de quatre heures c’est irréaliste. Je vais voir le vendredi mon ostéopathe, nous avons le même verdict, c’est le cuboïde. Ce bon sang d’os qui est tout carré, il est un peu déplacé. En quelques mouvements mon magicien des os me remet cela en place. Le lendemain je vais voir mon kinésithérapeute préféré et il me déverrouille mes petits tendons. En sortant de chez lui je passe du monde, « cette course c’est mort » à « tout est possible ».
  2. La veille de la course je suis dedans je passe la journée tranquillement à la maison, le soir je vais à l’anniversaire de mon ami Mric. J’arrive le premier et pars le premier, pas d’alcool un peu  de fumé je rentre pas vraiment tôt mais c’est cool, le soir compliqué de s’endormir, je m’assomme et je vais me coucher.
  3. Jour J, plus de trois mois que je suis sur le coup c’est maintenant, maintenant. J’ai tout en tête le parcours, quels vêtements je vais porter, je suis dedans. Je m’amuse de moi, je tire à pile ou face si je prends mon téléphone. Toute décision à prendre devient compliqué. Mais la c’est bon. Je suis prêt. Enfin pas complètement, certains entraînement ont du être annulé, c’est simple il me manque les deux dernières semaines de mon plan, alors « Prêt » cela veut dire quoi au fait ? Cela veut dire que j’ai une cadence en tête, quatre gels power-patate dans les poches à ouvrir à des kilomètres précis, et choisi un peu au hasard. J’ai ma petite montre casio au poignet celle la même que je viens de récupérer, égaré et retrouvé. Les prévisions météo donnent du grand soleil, toutes les étoiles sont alignées, c’est bon.
    1. Je pars de la maison avec ma tenue de champion, mon dossard accroché. Rien qu’accrocher le dossard sur mon polo, une demie-heure avec chérie à vérifier que c’est bien aligné, il ne fallait rien laisser au hasard, obsessionnel ? Non juste un peu. J’arrive sur l’arc de triomphe il fait un beau soleil, je gare ma mobylette, je passe en mode short et échauffement du bassin. L’ambiance ? C’est simple il y’a des personnes cachés dans des sacs plastiques qui courent partout, voila c’est étrange comme ambiance, que des maigres de tout age en short qui passent dans tous les sens, voila oui c’est ça l’ambiance du marathon de Paris, tout simplement unique. La première fois c’est toujours pareil on est un peu surpris. Je me dirige vers mon sas en suivant gentiment le flux. Je me tape une barre, celle que l’on mange, je suis avec mon sweat à capuche, je sais que c’est les derniers moments que nous partageons ensemble, mais même avec je suis congelé. Mais comment font les autres ? Ce sont des extra-terrestres, sans doute, nous sommes envahis d’extra-terrestres et ils se donnent rendez-vous le dimanche matin sur les champs pour traverser Paris, peu probable. Le soleil passe juste au dessus des immeubles, nous allons partir dans quelques instants, sous le soleil, cela fait des semaines que j’attend et redoute ce moment. C’est sur les étoiles sont alignées, aucun doute la dessus. Le départ, pas de bang pas de sprint un départ tranquille à descendre les champs sous un beau soleil d’avril, le top vraiment le top.
  4. Du relâchement du plaisir voila ce que j’ai en tête me faire plaisir, courir avec mon rythme à ma foulée ne pas trop forcer, voila c’est que j’ai en tête, être léger dans ma foulée, ne pas allonger, être le plus fluide possible, économiser. On arrive à Bastille, quelques kilomètres passent, je n’ai pas l’impression de forcer je suis cool, on remonte gentiment vers le  parc de Vincennes, je commence à vraiment être chaud. On se promène la tous ensemble dans les allées forestières et puis hop nous revoilà dans Paris. J’ai pas les yeux sur la montre mais je vois que pour le moment je suis dans le temps, un peu surpris de tenir le rythme. Je passe la moitié à 1h44 quelque chose. Surpris de passer comme une fleur. C’est simple je fait 5 kilomètres en 25 minutes, c’est pile poile. On arrive sur les quais et la je commence à sentir la chaleur et les débuts de la fatigue et je sens que la course c’est maintenant qu’elle commence. Cela fait deux heures que je tenais mon rythme et la tout devient beaucoup difficile. Je sais qu’il va falloir ralentir mais tenir un bon rythme et rester régulier. Je continue pendant une demie-heure comme cela. J’arrive au kilomètre trente fatigué, il reste douze petits kilomètres. Mais il vont être long. La je tire sur les réserves pour avancer je m’enfile mes power-patates et je sens que je suis bien dans le rouge. Je continu j’avance, je ne suis plus du tout dans mon rythme, la foulée et imprécise les mouvements moins fluides. Encore une demie-heure, c’est long, nous sommes dans le bois de Boulogne. Je connais le parcours, déjà répété à plusieurs reprise, je vois la différence entre les entraînement et aujourd’hui. Cela fait plus de trois heures que je cour et j’ai l’impression que cela ne va jamais se finir. Il n’est plus question de temps, il est question de finir. Des douleurs ? Oui dans les jambes, lourdes comme des troncs d’arbre, des douleurs dans la poitrine, oui on peut dire que je sens bien mon corps, il est la aucun doute sur ce point. Les minutes, les secondes ne passent pas très vite, je connais cette sensation, cette sensation que tout est au ralenti, l’impression de ne plus avancer, de ne plus vraiment être sur de courir, l’impression de marcher tellement c’est lent. Il ne reste plus que quelques kilomètres et la fin semble inatteignable, s’éloigner presque. Je suis en bas de l’avenue je n’en peu plus je marche quelques mètres et repart je suis cuit. Je remonte et passe la ligne. Je ne vais pas m’écrouler mais je sens que mes jambes ne me portent plus.
  5. J’ai ma médaille mon tshirt de finisher. La sur le moment je me taperais bien un jambon beurre et une Guinness, il va falloir je j’attende un peu.

Voila je suis maintenant un marathonien. Je suis sous la barre des quatre heures, c’est bien très bien !

Marathon